Ô toi mon Ami, mon compagnon de cordée...
Je me souviendrai longtemps de ces kilomètres de cailloux que nous avons escaladés ensemble... De ces voies que nous avons ouvertes. A Cormot quand tu t'étais planté un clou dans le fessier, le nom de la voie s'est imposé : « Les clous et les douleurs » ! Toutes ces voies ouvertes par nous, pour nous, jamais répétées... « Le clou du spectacle », « Le spectacle du clou », « Brouillard », pour ne citer qu'elles... Puis ce fameux jour, le 11 novembre 1992, où nous voulions ouvrir « Facteur II ». Il neigeait et ce maudit clou qui s'est arraché, puis ce vol interminable qui s'est terminé six mètres plus bas dans une extrême violence... Envahi de douleur, tu venais tout simplement de me sauver la vie... Merci Didier. Je te l'ai dit plein de fois... Tous les 11 novembre, une pensée émue s'envole vers toi et s'envolera toujours...
Je me souviens encore de cette journée à Presles où nous n'avions que quelques pâtes à manger et que tu as fait tomber, toutes cuites, dans le chemin... Grands éclats de rire et je nous revois encore à genoux par terre, face à notre pitance, entrain de trier le mangeable du trop terreux...
Puis tu as remplacé la verticalité des falaises par l'horizontalité de l'eau pour ramer avec Jean Baptiste... J'ai quitté le roc pour l'air et j'aurais aimé te faire découvrir la joie d'enrouler les ascendances avec les rapaces. Je n'aurai pas eu le temps...
Bon voyage Didier. Sans toi, je n'aurais pas eu mon Léo. Sans toi, je n'aurais pas su la valeur de la vie. Je regrette de ne pas avoir pu être là ce maudit jour pour, à mon tour, te donner une seconde chance ; pour à mon tour te permettre de continuer à vivre au lieu de partir en volutes au-dessus de nos fronts piteux de savoir que plus jamais nous n'entendrons ton rire et ta voix posée sur la vie comme un roc au bord de l'eau...
Bon voyage mon Ami...
Alain Dabrowski
Dimanche 10 février 2008 - Jeudi 14 février 2008